Les bébés aux besoins intenses

 

 

C’est le Docteur William Sears qui a décrit le premier ce qu’était un bébé aux besoins intenses en 1985, en permettant enfin aux parents qui vivaient ce phénomène de lui donner un nom et non une étiquette comme certains semblent le penser. Souvent les bébés aux besoins intenses étaient simplement qualifiés de Bébés difficiles (sous-entendu à mater !). C’est en ayant lui-même à faire à ce « spécimen » qu’il a pu avoir clairement l’idée de ce qu’était un bébé aux besoins intenses.  Il avoue même dans ses différents livres que d’avoir lui-même un bébé de ce type a radicalement changé sa manière de voir les parents qu’ils rencontraient dans son cabinet de pédiatrie. Il pouvait enfin reconnaître les problèmes auxquels ces parents faisaient face.

Je ne vais pas réinventer ou bien réécrire la façon dont le Dr. Sears a pu qualifier les bébés aux besoins intenses et vais donc me contenter de le citer pour que vous puissiez avoir une approche un peu scientifique de ce phénomène.

 « Caractéristiques du bébé aux besoins intenses

 Les bébés aux besoins intenses ont certains traits de personnalité en commun; toutefois, ils ne manifestent pas nécessairement ces comportements en tout temps. D'après l'expérience que j'ai acquise, environ 25% des bébés montrent plusieurs de ces traits à un moment quelconque au début de la petite enfance. On trouvera ci-après diverses descriptions que font les parents

de leur bébé aux besoins intenses.

Hypersensible
Le bébé aux besoins intenses a une conscience aiguë de son environnement; les changements le font sursauter facilement durant le jour et rendent son sommeil difficile durant la nuit. «Il est dérangé facilement» disait une mère pour décrire son bébé sensible. Le système de ce type d'enfant est muni de fusibles de courte durée et les courts-circuits sont provoqués facilement par tout dérangement constituant une menace à la sécurité de son environnement. Cette sensibilité se voit souvent dans ses réactions vis-à-vis de personnes appelées à en prendre soin et avec qui il n'est pas familier, ce qui provoque chez lui un niveau élevé d'anxiété à l'égard des étrangers. Au début, les parents peuvent trouver que cette hypersensibilité est épuisante; elle peut toutefois devenir un atout plus tard, en ce sens qu'elle aide l'enfant à être plus conscient de son environnement et, de ce fait, à développer sa curiosité.

Intense
Le bébé aux besoins intenses investit une grande quantité d'énergie dans ses agissements. Il pleure fort, ri à gorge déployée et proteste vivement si on ne lui sert pas instantanément ses « repas ». Il semble ressentir plus profondément toute la gamme des émotions, et réagit avec plus d'intensité que les autres bébés. «Son moteur est engagé à haute vitesse tout le temps», faisait remarquer un père fatigué.

Le bébé aux besoins intenses proteste vigoureusement lorsque son environnement n'est pas à son goût, mais il semble également capable de former des liens plus solides avec les personnes qui en prennent soin. Le bébé qui réagit violemment à la séparation d'avec ses parents agit de la sorte parce qu'il leur est solidement attaché. L'intensité de ses protestations est proportionnelle à l'intensité de l'attachement qui l'unit à ses parents. Des liens puissants entre l'enfant et ses parents constituent l'un des meilleurs remèdes préventifs contre le comportement maussade à long terme.

Exigeant
Souvent, la mère d'un bébé aux besoins intenses dira qu'elle « ne peut répondre à ses demandes avec suffisamment de rapidité ». Ce type de bébé transmet un sens d'urgence très réel dans les signaux qu'il émet. Les «alertes rouges» dominent son répertoire de pleurs. Il n'a cure des gratifications différées et n'acceptera pas facilement des solutions de rechange, c'est-à-dire autre chose que ce pourquoi il pleurait au départ. S'il reçoit un hochet alors qu'il s'attendait à être allaité par exemple, ses pleurs iront en s'intensifiant; il protestera d'avoir été mal interprété. Le bébé aux besoins intenses a toutefois besoin d'être exigeant: c'est un trait positif chez lui.

Impossible de le déposer
Le bébé aux besoins intenses a un besoin extrêmement grand de contact physique. Souvent, les nouveaux parents s'attendent, d'une façon peu réaliste, à ce que leur bébé repose calmement dans son petit lit ou reste assis passivement à contempler les gens qui le regardent ou à suivre attentivement des yeux des mobiles qui pendent. Un tel portait est loin de correspondre au bébé aux besoins intenses (ou à tout autre bébé, en fait). Ce type de bébé a la réputation de ne pouvoir se calmer seul. Sa mère me dira : «Il est incapable de se détendre par ses propres moyens.» Il fait du giron maternel son siège, les bras et la poitrine de sa mère lui servent de lit, et il se console à son sein. En général, il rejette vigoureusement les substituts maternels inanimés.

Toujours actif
«Impossible de réussir une photo fixe», disait un père, photographe de son métier, à propos de son bébé aux besoins intenses. «Le dispositif de ralenti de son moteur semble affolé», s'exclamait un autre. Chez ce type de bébé, une activité motrice constante va de pair avec l'intensité de l'hypersensibilité de la personnalité.

Épuisant
Inévitablement, les parents avoueront: «Il me vide». Le bébé aux besoins intenses utilise toute l'énergie de sa mère et de son père.

Il n'aime pas se blottir
Contrairement à la plupart des bébés qui se laissent aller facilement dans les bras ou sur les épaules des personnes qui en prennent soin, le bébé aux besoins intenses arquera fréquemment le dos et raidira bras et jambes, protestant ainsi contre toute tentative de lui faire adopter une position d'allaitement confortable. Cette raideur musculaire s'appelle hypertonie. «C'est comme s'il y avait des câbles tendus en lui», rappelait une mère. Le fait que certains bébés évitent le contact physique intime peut s'expliquer par cette combinaison entre traits hypersensibles et hypertoniques. Le bébé résiste s'il se sent entouré de trop près; il sera plus à l'aise si vous maintenez une certaine distance entre lui et vous pendant que vous l'avez dans vos bras, ou si vous le tenez de manière à ce qu'il ne soit pas face à face avec vous. Comme nouveau-né, ce bébé détestera généralement se faire emmailloter.

Insatisfait et imprévisible
Il n'est pas possible d'apaiser le bébé aux besoins intenses de la même manière d'une fois sur l'autre. Souvent, une méthode efficace un jour ratera son but le lendemain. Comme le faisait remarquer une mère épuisée : «Juste au moment où je pense avoir gagné la partie, le bébé bouleverse toutes les règles du jeu. »

Il veut téter tout le temps
L'expression «horaire de repas» ne fait pas partie du vocabulaire du bébé aux besoins intenses. Ce bébé a besoin de périodes prolongées de succion non nutritive, simplement pour le réconfort, et il mettra du temps à se sevrer.

Il se réveille souvent
Ces bébés super-éveillés ne se calment pas aisément. Ils se réveillent fréquemment et récompensent rarement leur mère de siestes qui pourtant seraient les bienvenues. «Pourquoi ces bébés ont-ils de plus grands besoins que les autres pour tout, sauf le sommeil?» se lamentait une mère fatiguée. »

SEARS (William), Que faire quand bébé pleure ?, vivre avec un bébé aux besoins intenses, Québec, La ligue internationale de la Leche, 2000, pp. 2-5.

Les parents du bébé aux besoins intenses passent par plusieurs phases. Dans les premiers temps ils sont impressionnés, se trouvent devant l’impossible. Cet enfant ne rentre pas dans les cases, il ne correspond pas du tout aux bébés du livre. Ils s’inquiètent…Est-il malade ? Pourquoi dort-il si peu ? Pourquoi ce besoin de succion est-il si énorme ? Pourquoi pleure-t-il tout le temps ? Et éventuellement pourquoi demande-t-il mes bras s’il pleure dès qu’il y est… ?

Et ils commencent à acheter éventuellement un arsenal de choses inutiles comme des humidificateurs d’air, courent éventuellement d’ostéopathes en magnétiseurs…sans trouver LA solution, car elle n’existe pas…

Petit à petit, ils essaient d’apprivoiser ce nouvel habitant plus qu’exigeant.

C’est certainement William Sears et le maternage proximal qui ont pu me sauver d’une grave dépression et de l’hôpital psychiatrique dans mon cas ! Notamment son livre : Être parent le jour,  la nuit aussi.

 Lorsque l’on comprend que l’on doit répondre aux besoins de son tout-petit et ne pas différer cette demande qui est un réel besoin, les choses se passent un peu mieux. Ceci est valable dans les tout premiers mois de vie, bien sûr lorsque l’enfant grandit, il faut aussi pouvoir lui poser des limites. Le passage du tout au différé peut parfois prendre du temps. C’est un bébé hypersensible qui ne supporte pas d’être brusqué.

Ce qui est épuisant avec un BABI (bébé aux besoins intenses), c’est que lorsque l’on croit avoir trouvé une solution, une musique qui l’apaise, le vrombissement de l’aspirateur, le fait de le porter, une certaine façon de le masser ou de le caresser, cette solution est toujours éphémère et il faudra inventer encore et encore.

Côté couple, le BABI a un effet de tornade, disons qu’en gros, si le couple survit à cette tempête, il a de bonnes chances pour l’avenir.

Les parents de BABI se sentent parfois investis d’une mission de caractère divin…Si on me l’a envoyé, c’est que je dois être capable de l’assumer, non ?

 

Aujourd’hui (mon fils a deux ans) il m’arrive encore de regarder les autres parents avec envie. Tout n’est pas source de négociation dans leur relation avec leur enfant. Ils font même parfois les choses machinalement sans forcément verbaliser ce qu’ils font avec lui. Avec un BABI, il faut tout expliquer, il faut le préparer aux changements, à la nouveauté…etc.

Prenons l’exemple de mettre un enfant en voiture. Pour le parent d’un bébé qui n’a pas de besoins intenses, cette opération peut prendre 3 minutes maximum. Pour nous, parents d’intenses, cette opération peut devenir longue, si elle n’a pas été préparée.

Pour mettre un enfant au lit, disons que la plupart des parents ont instauré un petit rituel et leur enfant va se coucher tranquillement et paisiblement, et bien l’endormissement pour un bébé aux besoins intenses est souvent une source d’angoisse et il faut qu’il soit rassuré…longtemps…non seulement pour l’endormissement mais aussi pour les micro-réveils, pour que ces derniers ne deviennent pas des réveils ! Par ailleurs l’heure de coucher n’est jamais gagnée…

Heureusement, aujourd’hui les parents des bébés aux besoins intenses se rejoignent, se regroupent et commencent à trouver des lieux, ne seraient-ce que virtuels pour échanger, partager tels que le forum : http://bbintenses.bbactif.com  ou bien encore le tout nouveau blog http://leblogdesbabi.blogspot.com .

Le témoignage ci-dessous est d’ailleurs tiré de ce blog avec l’aimable autorisation d’Epuisella son auteur. Je l’ai choisi surtout pour expliquer aux parents qui n’ont pas de bébé aux besoins intenses ce que peut être notre quotidien :   

Le tunnel infernal

« Au printemps dernier, un ami nous racontait comment sa femme déteste 18h-21h. Elle nomme ce créneau horaire « l’heure du tunnel », le moment de la journée où s’enchaînent bain, dîner, coucher, le moment de la journée où elle n’est plus disponible que pour ses enfants.
Ce jour là j’ai commencé à comprendre pourquoi les parents de non BABI ne peuvent imaginer ce que nous vivons et que définitivement nous n’avons pas la même vie.
Le bain a toujours été pour moi le moment de détente absolu, mon fils accepte qu’une baignoire nous sépare !
Ne pas être disponible est malheureusement notre état permanent, être maman de Bébé Aux Besoins Intenses est sans répit. Très certainement qu’à 21h le cours d’une vie adulte reprend chez eux. Chez nous la lutte de mon fils contre le sommeil est souvent loin d’être terminée ou le premier réveil est déjà là débutant une longue série. Le petit matin accueille un bébé et des parents épuisés et pourtant la journée est bien longue et bien active. L’enfant tentant de compenser cette mauvaise nuit dans les bras de sa maman, mais attention, pas de laisser aller, il ne s’agit pas de sombrer dans le sommeil, il y a tant de choses à découvrir !
18h est revenu et pourtant le tunnel ne s’est jamais interrompu, et la vie se poursuit dans cette voie souterraine. »
Epuisella

 

SEARS (William), Que faire quand bébé pleure ?, vivre avec un bébé aux besoins intenses, Québec, La ligue internationale de la Leche, 2000, pp. 2-5.

SEARS (William), Etre parent le jour, la nuit aussi, LLL

SEARS (William), SEARS (Martha),  Fussy baby book, Editions thorsons, USA, 2005.

Sur le Net:

http://bbintenses.bbactif.com 

http://leblogdesbabi.blogspot.com  

http://www.askdrsears.com/html/5/T051200.asp  

http://www.lllfrance.org/allaitement-information/aa/34-pleurs.htm

 

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